24/10/2017

La nouvelle version de la convention nationale organisant les rapports entre les orthoptistes et l’Assurance maladie prévoit d’expérimenter, au sein de maisons de santé pluriprofessionnelles, le renouvellement des ordonnances de lunettes par un médecin généraliste à partir d’examens réalisés par l’orthoptiste. Le Snof (Syndicat national des ophtalmologistes de France) désapprouve fermement cette mesure.

 

Paru au Journal officiel du 23 juin 2017, l’avenant 12 à la convention organisant les rapports entre les orthoptistes et l’assurance maladie prévoit plusieurs expérimentations visant à améliorer l’accès aux soins visant à améliorer l’accès aux soins visuels. L’une d’elles concerne les patients nécessitant un renouvellement de lunettes : « le médecin généraliste de la maison de santé orienterait le patient vers l’orthoptiste (avec élaboration d’une prescription) en vue d’un renouvellement de lunettes. Une organisation spécifique au sein de la structure devra alors être mise en place pour la transmission au patient, le nécessitant, de la prescription de lunettes établie par le médecin généraliste mentionnant la nouvelle mesure de la correction à partir des examens réalisés par l’orthoptiste ».

 

« La demande de lunettes n’est pas un diagnostic »

Ce projet d’expérimentation, qui pourrait débuter au 1er semestre 2018, suscite la colère des ophtalmologistes. « Le renouvellement des ordonnances de lunettes par un médecin généraliste est une erreur. Cela ne va pas dans le sens de l’intérêt des patients et augmente le risque de retard de diagnostic. L’ophtalmologiste demeure le seul médecin compétent pour réaliser un bilan visuel complet », explique Thierry Bour, président du Snof, en regrettant que le syndicat n’ait pas été consulté avant la signature de cette convention. « En effet, l’équilibre de la filière visuelle, trouvée patiemment ces dernières années, serait impacté si ce changement majeur de direction dans le parcours de soins des patients se confirmait », ajoute-t-il. Thierry Bour rappelle que la consultation de l’ophtalmologiste au moins tous les cinq ans avant 42 ans et trois ans après, comme cela a été précisé dans le décret des opticiens d’octobre 2016, est la clé du dépistage : « 36% des personnes consultant un ophtalmologiste pour une prescription oculaire ou le renouvellement d’une ordonnance se voient diagnostiquer un autre problème médical. La « demande » de lunettes n’est pas un diagnostic ».

 

Pertes de chances pour les patients

Sans remettre en question la capacité de l’orthoptiste à réaliser des examens de réfraction pour lequel il est formé, le président du Snof juge que signature d’une ordonnance de renouvellement par un médecin généraliste compromet le bon suivi du patient en prolongeant le délai initialement prévu, sans effectuer les dépistages nécessaires : « En renouvelant les ordonnances optiques, le médecin généraliste prendrait l’entière responsabilité de l’examen et devrait assumer alors les retards de diagnostic éventuels. Les patients seraient les premiers pénalisés, car il y aurait forcément des pertes de chances pour eux. » Dans ce contexte, le syndicat demande à être entendu par l’Uncam (Union nationale des caisses d’assurance maladie) pour que cette expérimentation soit annulée ou aménagée afin que les durées initiales de validité de l’ordonnance de lunettes, sans revoir l’ophtalmologiste, ne soient pas affectées par ce renouvellement éventuel.