19/11/2017

Invité de la rubrique « Face aux entrepreneurs » du Parisien Economie, publiée le 11 septembre, l’opticien le plus célèbre de France revient sur les recettes qui ont fait son succès et livre sans détour son opinion sur les grands débats du secteur.  

 

Se rappelant le début de sa carrière, Alain Afflelou souligne qu’au « milieu des années 1970, on a vu arriver les premiers problèmes liés à la mutualité française. Ce sont des racketteurs ! Les mutuelles allaient voir les opticiens afin de les convaincre de pratiquer le tiers payant pour leurs adhérents contre un référencement auprès de l’assurance maladie. J’ai perdu des clients car ils pensaient alors que je n’étais pas agréé par la sécurité sociale », souligne-t-il. C’est alors qu’il a « décidé de payer les clients pour qu’ils viennent chez nous », proposant des montures à moitié prix dès 1978, une opération qui « a fait un tabac » jusqu’à « déclencher la franchise », presque 20 ans avant Tchin-Tchin.

Interrogé sur le projet du gouvernement de mettre en place, à l’horizon 2020, une prise en charge à 100 % de l’optique et de l’audioprothèse, Alain Afflelou estime qu’il s’agit pour l’heure d’une « belle promesse électorale » et affiche son scepticisme : « On verra quand ce sera fait, mais je ne vois pas qui va payer. Les lunettes sont payantes pour l’opticien, qui les achète, fait un travail. Si elles deviennent gratuites pour le client, on le paiera en impôts, en cotisations pour les mutuelles… C’est facile de dire : ‘On va faire en sorte que vous n’ayez plus rien à payer.’ Mais après il faut y arriver… »

 

« Pour être corrompu, il faut être deux »

Sur la question des « optimisations de facture », le chef d’entreprise n’hésite pas à dresser un parallèle étonnant : « Un coureur qui se dope ne fait pas de tous les coureurs des dopés. Quelques confrères ont fait n’importe quoi avec le soutien des mutuelles, qui fermaient les yeux. Je ne veux pas décrier le métier, mais il y a eu du n’importe quoi… Néanmoins, pour être corrompu, il faut être deux. Le client qui dit avoir le droit à 600 € de remboursement pour une lunette qui en vaut 200 euros, a parfois l’impression de perdre 400 euros… On a essayé d’empêcher nos franchisés de le faire mais c’est difficile, surtout si vous avez eu une journée sans client… », explique Alain Afflelou.

Enfin, concernant la vente de lunettes sur Internet, il n’y croit tout bonnement pas, après avoir pourtant largement investi sur le digital. « Avec le Web, il y a des concurrents sauvages qui se lancent. Quand on laisse entendre qu’on peut avoir des lunettes de qualité pour 10 €, je ne vois pas comment (…) Une lunette n’est pas un produit fini avec les verres tout faits. Il faut essayer la monture. Un opticien doit prendre les mesures, tailler les verres, les monter et les ajuster… On a un site très sophistiqué mais cela ne marche pas mieux. L’internaute peut être pris en photo virtuellement avec les paires. Cela nous a coûté une fortune mais ce rendu ne suffit pas », constate-t-il.