15/12/2017

« On n’est pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde ». La petite phrase d’Agnès Buzyn, prononcée le 21 novembre dans le cadre d’une rencontre organisée par l’Association des journalistes de l’information sociale, n’a pas manqué de déclencher une polémique sur les réseaux sociaux et dans les rangs de l’opposition.

 

La ministre de la Santé a en effet été accusée à maintes reprises de mépriser les ménages modestes qui n’ont pas les moyens de s’offrir des lunettes griffées, voire de réduire à une “mesurette” la promesse phare d’Emmanuel Macron. Une volée de bois vert non méritée, à nos yeux. De notre point de vue, Agnès Buzyn ne faisait qu’illustrer sa volonté, au demeurant partagée par notre filière, de garantir un reste à charge zéro sur un « panier de soins nécessaires », lequel sera défini en concertation avec la profession. La ministre a raison : la solidarité nationale n’est pas là pour offrir des montures griffées à tout un chacun. Il faut en effet rappeler que le “RAC 0” promis par le gouvernement sur l’optique, l’audition et le dentaire sera accessible à tous les Français quels que soient leurs revenus. Pour quelles raisons les ménages à fort pouvoir d’achat auraient-ils droit à la prise en charge intégrale d’une monture de luxe ?

 

Si “les montures Chanel” ont cristallisé le débat dans la presse grand public, c’est plutôt la suite de la phrase d’Agnès Buzyn qui, nous, nous a interpellés. Car, dans le même panier que les montures Chanel, celle-ci met les « verres antireflets qui filtrent la lumière bleue ». Or, là, on touche à la santé visuelle : les bénéfices des traitements antireflets en termes de confort de vision ont été largement démontrés. Quant à la lumière bleue, un nombre croissant d’études montre son impact sur la fatigue visuelle voire son influence dans l’apparition de pathologies rétiniennes.

Ce dernier exemple pris par la ministre montre que rien n’est gagné pour la définition du panier de soins standard qui fera l’objet d’un reste à charge nul. Les montures griffées n’ont rien à y faire, mais les verres traités antireflets, si. Cette petite phrase montre à quel point la profession doit faire preuve de pédagogie pour expliquer à tous – porteurs, financeurs publics, Ocam – les tenants et les aboutissants d’un métier injustement pénalisé par sa double facette mode et santé.