23/01/2018

Les débats relatifs à la prise en charge des lunettes sont plus que jamais d’actualité. Gilles Oster, consultant spécialisé en protection sociale (Vision’R Consultance), livre à L’OL [MAG] sa vision critique du « RAC 0 » en optique promis par le gouvernement et dévoile les évolutions les plus pertinentes à ses yeux.

 

Les négociations avec la filière dans l’objectif de parvenir à un reste à charge zéro en optique, audio et dentaire à l’horizon 2022 ont débuté. Pensez-vous que cet objectif soit atteignable ?

Au regard des sommes en jeu, cela me semble difficile. En effet, si on considère les trois secteurs, le total actuel des restes à charge atteint 4,4 milliards d’euros, dont 1,3 milliards pour l’optique. De plus, pour certains soins, notamment dentaires, il y a un fort taux de renoncement pour raison financière : si ceux-ci deviennent “gratuits” dans l’esprit du patient, ce taux va diminuer. Selon des calculs publiés par Le Monde sur la base d’une étude réalisée en 2015 dans 18 départements, 16 % des Français renonçant à se soigner en raison du reste à charge pourraient changer d’avis s’il devenait nul. Le coût de la réforme pourrait alors atteindre 5,2 milliards d’euros. La tendance étant à la réduction des dépenses sur tout, où va-t-on trouver les financements nécessaires ? Le reste à charge zéro était une promesse de campagne destinée à attirer des voix, mais il va être compliqué de trouver autant d’argent.

 

Au-delà de la question financière, jugez-vous pertinent de proposer à tous les Français une offre optique sans reste à charge, même limitée à un panier de soins standard comme l’a annoncé la ministre de la Santé ?

70 % de la population ont besoin d’une correction optique : cela ne s’appelle plus du risque. Or, le principe de l’assurance est d’assurer un risque, c’est-à-dire de couvrir des événements dont la fréquence est faible et qui engendrent des coûts élevés. Par exemple, au Japon, très peu de personnes s’assurent contre les risques sismiques car ces assurances sont trop chères en raison d’une fréquence trop élevée. En optique, certaines enseignes proposent des forfaits à partir de 29 € pour les unifo­caux et 89 € pour les progressifs. Si les porteurs les gardent 3 ans, le coût mensuel est de 90 cen­times d’euros dans le premier cas et de 2,50 € dans le second. Si l’on exclut les bénéficiaires de la CMU et de l’ACS, les gens ont les moyens financiers de s’of­frir un équipement ! Y compris les seniors. Le “retraité pauvre” est un mythe qui date de 1945 et celui d’aujourd’hui a, dans la plupart des cas, les moyens de s’offrir des lunettes.

 

Dans ce contexte, quel serait le scénario optimal pour la mise en place du reste à charge zéro en optique ?

Le gouvernement pourrait décider de proposer à tous les Français un dispositif tel que par le passé celui des « lunettes Sécurité sociale », avec un tarif opposable pris en charge à 100 % pour une monture et des verres de base. Les assurés feraient ensuite ce qu’ils voudraient. Mais nous pou­vons aussi imaginer la possibi­lité de redonner à l’optique un côté assurantiel, en sortant du champ du remboursement les équipements offrant une petite correction. Il s’agirait d’exclure du panier de soins pris en charge les lunettes pouvant être considé­rées comme étant de l’ordre du non handicap (somme en valeur absolue du cylindre et la dioptrie ≤ 4 par exemple). Pour les fortes corrections, qui ne touchent qu’une minorité de la popula­tion, il pourrait être envisagé un modèle de prise en charge par­ticulier sur un format “handicap” avec un remboursement intégral par l’Assurance maladie. Pour tous les besoins entre ces deux extrêmes, les assurés pourraient avoir accès à une offre à reste à charge nul disponible chez tous les opticiens sur la base d’un panier de soins standard à prix plafonné.

 

Retrouvez la suite de cette interview dans le numéro 715 de L’OL [MAG].