29 / 05 / 2020

Suite à l’adoption au Sénat, en première lecture, de la proposition de loi visant à autoriser les mutuelles à pratiquer les remboursements différenciés et à encadrer les conventions conclues entre toutes les familles d’Ocam et les professionnels de santé (notamment en réservant les réseaux fermés aux seuls opticiens),
la profession fait entendre sa voix, espérant être entendue avant le vote du texte en 2ème lecture à l’Assemblée nationale. 

Pour la Fnof, «le Parlement œuvre à la déconstruction de la sécurité sociale, dans l’urgence, sans concertations ni débat.» La Fédération nationale des opticiens de France note que «le Sénat sécurise et rassure les mutuelles santé.» Le syndicat estime que «la validation des réseaux de soins, la modification du code de la mutualité permettant aux mutuelles la pratique des remboursements différenciés, sont les premières étapes sur le chemin de la privatisation de notre système de sécurité sociale. Comment le Parlement peut-il prendre des décisions, légiférer, sans entendre les demandes de la population en matière d’accès aux soins, de dépenses engagées et de transparence des cotisations des organismes complémentaires ?», questionne la Fnof, qui poursuit son idée de table ronde de l’optique afin de débattre publiquement de l’accès aux soins et de la prise en charge de la santé visuelle des français.

Pour Krys Group, le texte vise à «stigmatiser les opticiens.» En réservant les réseaux fermés, à numerus clausus, aux seuls opticiens, ce vote en première lecture pose, selon Jean-Pierre Champion, directeur général de Krys Group, un problème de liberté de choix pour les Français et les opticiens : il « rive le consommateur de la liberté d’opter pour l’opticien de son choix et empêche l’opticien d’adhérer librement à tel ou tel réseau de soins dès lors qu’il se conformerait scrupuleusement aux conditions dudit réseau.» Il estime que «seule l’ouverture des réseaux de soins garantit la transparence dans la sélection des candidats opticiens et offre davantage de choix et de proximité aux Français grâce à un nombre de magasins agréés deux à trois fois plus élevé.» Le texte pose également le problème de la «question de l’égalité des professionnels de santé.» Pour Jean-Pierre Champion, la sanctuarisation des réseaux fermés aux seuls magasins d’optique relève d’une discrimination envers la profession. «Instrumentaliser les réseaux pour réduire le nombre d’opticiens traduit le désengagement de l’Etat à traiter une problématique de santé publique. Si le législateur veut vraiment s’attaquer à l’accessibilité des soins, tant géographique qu’économique, il est nécessaire d’organiser la délégation de tâches de l’ophtalmologiste à l’opticien et pour cela inscrire le diplôme d’optique dans un schéma licence en 3 ans.» Krys Group appelle à une mobilisation de la profession contre cette discrimination.

Les Opticiens-lunetiers unis reprennent leur «marathon auprès des députés.» L’association née du groupe Facebook «Les opticiens ne sont pas des pigeons» déclare : «malgré la très forte déception et l’inquiétude de la profession face au vote du sénat, nous ne sommes pas réellement surpris du résultat final, des sénateurs UMP nous ayant prévenus de comment cela allait se passer.» Elle se dit «tout de même été ravis de voir certains de (ses) arguments repris par des sénateurs.» Son président Yann Fournier déclare «ne pas baisser les bras» et «appelle une nouvelle fois de nos vœux une vraie table ronde des acteurs de la profession pour arrêter une position commune, l’intérêt global de l’ensemble des porteurs et des opticiens à long terme doit prévaloir sur des intérêts économiques court-termistes.» Il estime que «la menace de voir 3000 points de vente disparaître est bien réelle.» Les Opticiens-lunetiers unis plaide pour «des réseaux ouverts à tous», en rappelant que l’association, ouverte à tous, rassemble à ce jour plus de 300 membres.