22 / 10 / 2020

L’AFO (Académie française d’ophtalmologie) et le Snof (Syndicat national des ophtalmologistes de France) s’inquiètent d’une possible décotation et rappellent l’importance de préserver l’accès aux soins pour les personnes âgées.

 

Dans le contexte économique actuel, « la tentation est forte de diminuer le remboursement de l’opération la plus pratiquée à ce jour : la cataracte, qui comptabilise 734 000 interventions en 2013, soit environ 400 000 patients », s’alarment le Pr Béatrice Cochener, présidente de l’AFO et le Dr Bour, secrétaire général adjoint du Snof. Les deux praticiens soulignent que « le monde hospitalier et les ophtalmologistes ont pourtant réalisé des efforts extrêmement importants ces dernières années : le coût moyen d’une opération de la cataracte pour l’assurance-maladie est passé de 1552 € à 1227 € entre 2005 et 2013, soit une baisse de 20%, alors même que l’inflation cumulée sur la période atteignait 15%. »

 

En effet, entre 2005 et 2013, l’optimisation de la prise en charge de cette maladie (développement de l’ambulatoire aujourd’hui pratiquée dans 90% des cas, baisse des tarifs…) a concouru à faire baisser de manière continue son prix de revient. « Cette chirurgie a également fait l’objet d’innovations importantes lui permettant de gagner en performances et en sécurité pour les patients. Ces derniers peuvent ainsi bénéficier d’une plateforme, d’instruments ou encore d’implants très sophistiqués… donc plus coûteux mais pourtant sans réajustage du taux de remboursement ! », pointent l’AFO et le Snof.

 

Les gains de productivité ayant été poussés à leur maximum, sans possibilité de compression supplémentaire des coûts, « minorer le remboursement de l’opération de la cataracte porterait un coup fatal à l’offre en tarif opposable, déjà moribonde. En 2013, seules 28% des cataractes ont pu être opérées en secteur 1. » « L’objectif du gouvernement et de l’assurance-maladie est-il d’empêcher les personnes âgées de se faire soigner ? Il ne faut pas oublier qu’avoir une bonne vue est indispensable pour l’autonomie de seniors. La recherche d’économies par la sécurité sociale ne doit pas faire oublier que la chirurgie de la cataracte est actuellement dans une situation critique », s’inquiète Thierry Bour.

 

Les ophtalmologistes craignent également que la baisse des remboursements pénalise l’innovation. « La chirurgie de la cataracte compte parmi les plus beaux exemples de progrès en médecine. Elle est le terrain d’innovations très prometteuses, tant dans le domaine de la technique de découpe que dans celle des implants. Ces nouveaux procédés nécessitent des investissements, et une technicité accrue. La décotation porterait un coup d’arrêt à cette démarche d’innovation », avertissent les deux organisations.