2 / 07 / 2022

Suite à l’adoption par le Sénat de l’article 11 quater C du projet de loi Macron, qui vise à supprimer l’obligation de prescription pour les verres correcteurs, le Snof (Syndicat national des ophtalmologistes) tire la sonnette d’alarme, notamment pour les porteurs de moins de 16 ans. Il se dit ouvert « à l’aménagement du dispositif de renouvellement de lunettes pour les cas d’urgence avérée mais n’accepte pas que le dépistage de toute la population soit sacrifié pour cela ».

 

Selon le Dr Thierry Bour, président du Snof, « la suppression du passage par l’ophtalmologiste est une catastrophe pour la prévention oculaire, en particulier chez les enfants ! C’est la victoire du ‘Marché sur la Santé’ ». Il rappelle que la loi Hamon de 2014 avait étendu à l’ensemble de la population (quel que soit l’âge) l’obligation d’ordonnance, qui était déjà en vigueur de longue date pour les patients de moins de 16 ans. « En supprimant cet alinéa, les sénateurs ont ouvert la voie, pour les opticiens, à la prescription-vente de lunettes à des enfants de moins de 16 ans sans que ces derniers n’aient jamais vu de médecin. Ce faisant, ils remettent en question une politique de santé publique fondée, depuis des dizaines d’années, sur le dépistage et la prévention sanitaire des affections oculaires, en particulier auprès des plus jeunes », argumente Thierry Bour, qui se dit « catastrophé par l’inconséquence des sénateurs ».

 

Cumul prescripteur-vendeur

Le président du Snof estime que cette mesure est « une première dans la démédicalisation de la filière visuelle ». En cas d’adoption définitive, il craint des pertes de chances pour les patients, rappelant que dans un tiers des cas, les ophtalmologistes détectent d’autres pathologies lors de l’examen des patients venus pour un renouvellement d’ordonnance de lunettes. Et, en ce qui concerne les touristes qui auraient besoin de renouveler leurs lunettes en France parce que les leurs ont été cassées (ce qui est un des principaux arguments des défenseurs de la disposition), le Dr Thierry Bour avance que plusieurs solutions existent déjà, comme l’achat de « lunettes loupes avec des verres correcteurs génériques » ou un rendez-vous obtenu en urgence chez l’ophtalmologiste : « en tout état de cause, ils devront attendre plusieurs jours que leurs lunettes soient fabriquées, obligation d’ordonnance ou non et renoncer au service après-vente sur leur lunettes et à d’éventuels remboursements. De plus, avec cette disposition, les opticiens cumuleront de fait les rôles de prescripteurs et de vendeurs ».

 

Une contrepartie équilibrée du renouvellement par les opticiens

Enfin, le président du syndicat avertit que cette disposition « dans une loi portant sur la consommation et la croissance économique désorganisera profondément la filière alors que des discussions de fond sont menées par le même gouvernement avec la mission pilotée par Dominique Voynet et l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) pour mieux organiser la filière de soins et le projet de loi pour la Santé actuellement en discussion à l’Assemblée nationale, dont un des objectifs prioritaires est justement la prévention ». Dans ce contexte, il appelle les parlementaires de la future commission mixte paritaire à supprimer l’article pour rétablir l’obligation d’ordonnance pour tous. « C’est la contrepartie équilibrée de la possibilité pour les opticiens d’intervenir pendant 3 ans sur une ordonnance médicale. Nous sommes ouverts à l’aménagement du dispositif de renouvellement de lunettes pour les cas d’urgence avérée mais n’acceptons pas que le dépistage de toute la population soit sacrifié pour cela. C’est une disposition de santé publique dont les conséquences seront lourdes. Que deviendront les patients qui ne seront pas dépistés parce qu’ils auront eu leurs lunettes directement ? », questionne Thierry Bour.