2 / 07 / 2022

Le ministère de la santé a publié le rapport de la mission Igas visant à réduire de moitié les délais de rendez-vous chez l’ophtalmologiste à l’horizon 2017. Rédigé par Dominique Voynet après concertation des organisations professionnelles, le document formule 30 recommandations qui renforcent les coopérations entre les « 3O » et visent à développer les prérogatives des opticiens et des orthoptistes. Marisol Touraine a décidé de mettre en œuvre sans délai les premières recommandations de ce rapport, qui renforce la profession dans ses compétences et son cœur de métier.

 

Une dizaine de recommandations concernent directement la profession d’opticien. Il s’agit de :

  • réformer la formation en « mettant de l’ordre dans l’offre surabondante et inégale de formation au BTS » et en intégrant la profession au dispositif LMD pour permettre aux opticiens « de prendre pleinement leur place dans une filière de santé visuelle. » Deux hypothèses sont formulées : maintenir le BTS en rajoutant une troisième année « moins commerciale, plus physiologique » et reconnue au grade de licence ; ou universitariser totalement la formation, ce qui permettrait de réguler les effectifs par un examen d’entrée et la fixation d’un numerus clausus. A l’issue de cette réforme, il faudra envisager de « doter la profession d’un décret d’exercice codifié comportant une liste d’actes. »
  • diligenter une nouvelle mission pour expérimenter la faisabilité d’un socle commun aux études paramédicales du secteur visuel : pour renforcer les métiers-socles, l’Igas émet l’hypothèse d’une formation initialement commune à tous les auxiliaires médicaux de la filière, de 2 ans par exemple, permettant chacun de se doter de bases solides en optique, en physiologie de l’œil et en clinique, pour choisir une orientation professionnelle lors de la troisième année (opticien-lunetier détaillant, orthoptiste, assistant ophtalmologiste, technicien en sciences de la vision)
  • mettre en place un master d’optique médicale ouvert aux opticiens-lunetiers et orthoptistes ayant obtenu la licence : ses titulaires pourraient assumer des « pratiques avancées» à l’hôpital et en cabinet comme assistant des ophtalmologistes, mais aussi répondre aux besoins dans les domaines de la recherche et de l’industrie, de l’enseignement et de la formation
  • moduler les possibilités d’adaptation des prescriptionsen retirant l’article L4362-10 du code de la santé publique, qui mentionne le délai pendant lequel l’opticien peut renouveler et/ou adapter l’équipement visuel (actuellement fixé à 3 ans). Il s’agirait en effet de mettre en place, par décret, un délai variable selon l’âge et la santé du patient
  • développer les prérogatives en contactologie, en étendant aux lentilles la faculté qu’ont les opticiens de renouveler et d’adapter les verres correcteurs, là aussi dans un délai adapté à l’âge du patient, « sous réserve d’une information systématique de l’ophtalmologiste prescripteur.» Moyennant une formation complémentaire, les opticiens (et les orthoptistes) pourraient assurer l’apprentissage de la pose, de la dépose et de l’entretien, ainsi que l’adaptation des lentilles, dans des conditions qui devront être précisées dans un guide de bonnes pratiques élaborées sous l’autorité de la HAS 
  • envisager le dépistage des amétropies et des pathologies de l’œil par les opticiens, en excluant que ce dépistage soit suivi d’un acte de vente quel qu’il soit et en précisant que ce dépistage ne saurait remplacer la consultation chez l’ophtalmologiste. Il pourrait s’agir d’opérations collectives (à l’école, en maison de retraite…) ou de dépistage individuel en magasin (dont le rythme et le prix pourraient être négociés avec les Ocam) 
  • généraliser le travail aidé en cabinet, par des collaborateurs salariés (orthoptistes ou infirmiers(ères), mais aussi opticiens ou optométristes) qui réaliseraient des pré-consultations, des post-consultations et du suivi de pathologies chroniques 
  • faire respecter les obligations relatives au renouvellement des prescriptions de lunettes : le rapport préconise de systématiser, en mettant en place d’éventuelles sanctions, le compte-rendu d’intervention à l’ophtalmologiste (« prévu par la loi, mais pas respecté») et le retour vers l’ophtalmologiste en cas de modification de la vue supérieure à 1 dioptrie et/ou de suspicion de pathologie associée
  • libérer l’ophtalmologiste de tâches chronophages en abrogeant son obligation de mentionner l’écart pupillaire sur l’ordonnance (cette mesure étant réalisée systématiquement par l’opticien) et en autorisant l’opticien à conserver, avec l’accord du patient, une copie des ordonnances pendant leur durée de validité.

 

Une traduction rapide dans les textes

La ministre de la santé a décidé de mettre en œuvre dès maintenant les premières recommandations du rapport, en introduisant, par voie d’amendement, de nouvelles mesures dans le projet de loi de modernisation de notre système de santé, qui sera examiné à partir du 14 septembre prochain au Sénat : un premier amendement développe le « travail aidé » dans les cabinets d’ophtalmologie (ce mécanisme permet d’augmenter jusqu’à 35 % le nombre de consultations possibles, grâce à une meilleure répartition des tâches entre ophtalmologiste et orthoptiste) ; un second amendement assouplit les conditions de renouvellement et d’adaptation des verres et des lentilles par les opticiens, dans un cadre sécurisé et en accord avec les ophtalmologistes. « D’autres recommandations de ce rapport de l’IGAS seront mises en œuvre dans les prochaines semaines », assure Marisol Touraine.

 

Pour télécharger le rapport complet, cliquez ici