22 / 10 / 2020

Les Etats généraux de la santé visuelle organisés par La Mutualité Française se sont tenus mardi 15 décembre à Paris. Cet événement, qui a fait l’objet de quatre réunions préparatoires sous la houlette d’un collège scientifique, a réuni l’ensemble des acteurs du secteur pour faire émerger un débat citoyen sur les enjeux de la filière. « Ces débats vont nous permettre de proposer aux pouvoirs publics des solutions qui émanent des professionnels de la santé visuelle », a déclaré Etienne Caniard, en annonçant que des propositions seront formulées dans un Livre blanc au premier trimestre 2016. Focus sur la première table ronde; consacrée à l’amélioration de l’accès aux soins, où la nécessité de développer les protocoles de coopération entre les « 3O » a fait consensus.

 

Cinq pistes d’action sont formulées pour améliorer l’accès à la santé visuelle : renforcer la prévention et le dépistage des pathologies oculaires à tous les âges et notamment faire de la santé visuelle des enfants une priorité ; faciliter l’accessibilité aux professionnels et aux équipements optiques pour les populations économiquement fragiles ; améliorer l’accès à la santé visuelle pour les personnes âgées dépendantes ou en situation de handicap ; créer des centres spécialisés pour le traitement des pathologies complexes ; renforcer la formation des acteurs de la santé visuelle pour une meilleure coordination autour de l’ophtalmologiste.

 

Augmenter l’offre, une priorité

Sur cette question de l’accès aux soins, Mathieu Escot, responsable des études de l’UFC-Que Choisir, est sans surprise revenu sur la question du prix des équipements optiques, encore jugé trop élevé : « la solution est à chercher du côté des réseaux de soins. Une fois que les prix auront baissé, on pourra se poser la question du reste à charge et du remboursement », a-t-il déclaré. Nicolas Bouzou, économiste et directeur du cabinet de conseil Asterès, estime également que les réseaux de soins sont amenés à prendre de l’importance, mais que le sujet du prix est « secondaire », le reste à charge restant faible grâce au Ocam qui assurent ici « un risque certain. » Il suggère en revanche, pour mieux réguler les dépenses, de se pencher avant tout sur l’organisation des soins ophtalmologiques : « L’écart entre offre et la demande s’agrandit. Par exemple, cela ne sert à rien de s’attaquer aux dépassements d’honoraires si on ne réfléchit pas d’abord à l’augmentation de l’offre », qui doit s’appuyer sur les protocoles de coopération et le travail en réseau. « Tous les acteurs travaillent en-deçà de leurs compétences et il faut augmenter celles d’autres professionnels que les ophtalmologistes. L’arrangement institutionnel optimal est de réussir à coopérer davantage », a-t-il ajouté.

 

Réorganiser les professions sur propositions des ophtalmologistes ?

La solution des protocoles de coopération fait l’unanimité, mais nécessite, selon le Pr Yves Matillon (directeur de l’institut des sciences et des techniques de réadaptation de l’Université Claude Bernard Lyon 1), de réunir divers éléments : « il faut des zones d’interaction de discussion pour avancer, ne pas confondre les faits et les opinions, et aborder les vrais sujets : on ne peut pas parler de formation si on ne sait pas pour quelle type d’activité on veut former ! Tant que ces sujets ne sont pas évoqués, on perd du temps. Les ophtalmos ont la responsabilité de faire des propositions d’organisation de la filière au-delà du corporatisme. »

Concrètement, la question de l’accès aux soins de santé visuelles nécessite notamment « de mettre en place des équipes mobiles pour les personnes âgées, d’améliorer le repérage et le dépistage des troubles visuels chez l’enfant, de régler les problèmes d’accessibilité physique des populations handicapées, ou encore de combler le déficit d’information des personnes vulnérables socialement et financièrement, qui ignorent souvent les aides auxquelles elles peuvent prétendre et l’existence de forfaits à petits prix », a listé le Dr Gérard Dupeyron, chef de service d’ophtalmologie du CHU de Nîmes et membre du conseil scientifique des Etats généraux de la santé visuelle. Pour relever ces défis, le praticien invite les différentes professions à « se réorganiser et à se former pour mettre en place un nouveau parcours de soins qui permettra de répondre aux besoins de la majorité de la population et des personne fragiles. »

 

Les réactions

 

Présent dans la salle, Yannick Dyant, président de l’AOF (Association des optométristes de France) a expliqué que les optométristes français ont « des rôles complémentaires et une place à trouver. » Il a assuré que leur volonté n’est pas d’importer le modèle anglo-saxon, et que les optométristes épaulent déjà les ophtalmologistes dans 10 à 20% des cabinets aidés.  

 

Sandrine Ladoux, directrice des relations institutionnelles du groupe Optic 2000, a quant à elle regretté que, tout au long des débats, l’opticien a été réduit « au prix des lunettes. » « L’opticien n’est pas juste un vendeur de lunettes, il peut avoir d’autres rôles à jouer », a-t-elle rappelé, en citant notamment la basse vision.

 

Dans les prochains jours, L’OL [MAG] publiera les principaux enseignements de l’enquête Harris Interactive sur les Français et leur santé visuelle dévoilée lors de ces Etats généraux, ainsi que les pistes d’action avancées pendant la seconde table ronde consacrée à l’innovation. Le compte-rendu complet des Etats généraux de la santé visuelle sera publié dans le prochain numéro de L’OL [MAG].