30 / 11 / 2022

A l’occasion des Etats généraux de la santé visuelle, qui se sont déroulés le 15 décembre à Paris, la Mutualité Française a publié une vaste enquête d’opinion menée par l’institut Harris Interactive auprès des professionnels de santé et du grand public*. Ces résultats permettent de dépasser les idées reçues pour, espère la Mutualité, renouveler le débat public. Synthèse de ses principaux enseignements.

 

Une opinion mitigée sur la santé visuelle en France. 59% des Français jugent que l’information sur la santé visuelle est insuffisante. « Un constat appuyé par les professionnels rencontrés », note Harris Interactive. 7 Français sur 10 déclarent cependant faire attention à leur santé visuelle. De manière générale, la moitié de la population estime que la situation sur ce sujet n’est pas satisfaisante en France. Cette moyenne cache néanmoins d’importantes disparités : si 79% des Français se disent satisfaits de la qualité des équipements, ce taux chute à 22% quand il s’agit du coût des équipements ou des délais ophtalmologiques, et à 21% pour ce qui concerne les remboursements.

 

Un accès aux soins pas toujours évident. Pour 40% des sondés, il est difficile d’accéder aux équipements optiques. Un tiers affirme avoir déjà renoncé à un rendez-vous, un soin ou un équipement, pour raisons financières (pour 51% d’entre eux) mais aussi parce que les délais d’attente étaient trop importants (pour 45%).

 

Des réserves sur les réseaux de soins. 90% des Français estiment que les réseaux de soins, présentés ici comme des dispositifs par lesquels les opticiens s’engagent à respecter des tarifs prédéfinis et/ou à signer une charte qualité, sont « une bonne chose ». Néanmoins, ils suscitent des interrogations : les trois quarts de la population estiment que les réseaux feront baisser le coût des équipements et faciliteront l’accès aux équipements, mais aussi qu’ils limiteront le libre choix. Ils sont 64% à anticiper un pouvoir trop important aux complémentaires santé et 43% craignent des équipements de moins bonne qualité.

 

Les Français appuient une formation plus poussée des opticiens. 89% des sondés se disent favorables à l’instauration, pour les opticiens, d’une 3ème année d’études moins commerciale et plus physiologique afin de renforcer leurs compétences en matière d’examens de vue.

 

64% des patients font confiance aux opticiens. Les ophtalmologistes conservent un rôle pivot, avec une cote de confiance de 83%. Les Français attendent aussi beaucoup des paramédicaux, qui pourraient être plus sollicités à condition d’être mieux formés et plus encadrés : les opticiens obtiennent ici la confiance de 64% des Français, devant les orthoptistes (62%) et les optométristes (48%). 57% font confiance aux patients responsabilisés qui se soucient de leur santé visuelle et comprennent le coût des soins et des équipements pour pérenniser la prise en charge de ce volet du système de soins. Ce taux tombe à 53% pour les complémentaires santé censées appuyer les évolutions et les comportement vertueux à travers une plus grande information sur les enjeux de santé et de financement, et à 25% envers des pouvoirs publics engagés pour jouer un rôle de régulateur.

 

Les délégations de tâches, une solution plébiscitée. 75% des Français accepteraient que des tâches telles que les examens de vue soient déléguées aux optométristes, 74% à des orthoptistes et 63% à des opticiens, surtout si ces professionnels travaillent avec l’ophtalmologiste dans le même cabinet. Pour 8 Français sur 10, de telles solutions permettraient de réduire les délais d’attente chez les ophtalmologistes et leur laisseraient la possibilité de se concentrer sur les pathologies complexes et la chirurgie, mais la moitié anticipent aussi une complexification de la détection des pathologies oculaires lourde et du parcours de soins, ainsi qu’une dévalorisation de la profession d’ophtalmologiste (pour 44%) ou encore une détérioration de la qualité des soins (41%). Au final, la moitié de la population préfèrerait attendre plus longtemps pour voir uniquement un ophtalmologiste qui effectuerait tous les examens et leurs analyses, l’autre moitié préférant avoir un rendez-vous plus rapidement, avec des examens techniques réalisés par un paramédical avant de voir l’ophtalmologiste qui analyserait les résultats.

 

*L’enquête a été menée en deux phases. Durant la phase qualitative, ont été menés mi-octobre 2015 des entretiens qualitatifs auprès de professionnels (ophtalmologistes, orthoptistes, optométristes et opticiens) et des réunions de groupe auprès du grand public. A suivi une phase quantitative consistant en une enquête en ligne auprès d’un échantillon de 1 500 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus et interrogé du 26 au 29 octobre 2015.