Le gouvernement dit « non » à l’optométrie mais « oui » au développement des compétences des opticiens

Publié le 07/01/2016

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En réponse aux questions de plusieurs députés qui l’ont interpellé sur l’opportunité de reconnaître l’optométrie face à l’importance des délais de rendez-vous en ophtalmologie, le ministère de la Santé réitère son opposition à cette perspective et mise sur le renforcement des compétences des professions existantes. Abordée aux Etats généraux de la santé visuelle, la question de l’optométrie a cependant fait l’objet de positions assouplies.

 

Dans sa réponse publiée le 20 décembre au JO, le gouvernement rappelle les dispositions de la loi de santé adoptée 17 décembre 2015, qui « ont pour objectif d’offrir aux patients un accès facilité à la filière visuelle en s’appuyant sur une complémentarité renforcée entre les trois professions de la filière : les ophtalmologistes, les orthoptistes et les opticiens-lunetiers. Par ailleurs, le développement des compétences de ces professionnels pourra parallèlement s’effectuer par l’intermédiaire de modifications réglementaires dans le champ qui les concerne. » Dans ce contexte, le ministère juge que la création de la profession d’optométristes « complexifierait l’organisation des acteurs de la filière visuelle, avec une lisibilité moindre pour les patients. » De manière complémentaire, « des travaux portant sur l’évolution de la formation des opticiens et des orthoptistes doivent être engagés. » Ils seront menés en concertation avec les représentants des professionnels et des étudiants ainsi qu’avec le ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

 

L’optométrie abordée aux Etats généraux de la santé visuelle

Lors de la rencontre organisée le 15 décembre par la Mutualité française, la question d’impliquer les optométristes dans la réorganisation de la filière de santé visuelle a suscité de vifs débats mais obtenu des soutiens inattendus. « Il faut associer d’autres professions, comme les optométristes, quitte à ce que leur formation soit plus médicale », a ainsi déclaré le Professeur Gilles Chaine, chef de service d’ophtalmologie du CHU Avicenne et membre du conseil scientifique des Etats généraux de la santé visuelle, à propos des protocoles de coopération, jusqu’à maintenant essentiellement dirigés vers les orthoptistes. Yannick Dyant, président de l’AOF (Association des optométristes de France), expliquant que les optométristes épaulent déjà les ophtalmologistes dans 10 à 20% des cabinets aidés, s’est déclaré « ouvert aux échanges et favorable à une formation plus médicale », promettant, le cas échéant, de cantonner les optométristes à « la partie clinique », sans possibilité de vendre des équipements afin de respecter la sacro-sainte interdiction du cumul prescription / vente. Côté prérogatives, il assure ne pas vouloir importer le modèle anglo-saxon « ni revendiquer la neurovision », mais suggère « une autonomie plus avancée que les orthoptistes » afin de réaliser des dépistages plus approfondis. Pour Jean Luc Seegmuller, ancien président du Snof (Syndicat national des ophtalmologistes de France), ce discours représente une avancée incontestable. « Si nous avons choisi les orthoptistes, c’est qu’il est important de maintenir la séparation entre prescription et vente, et à l’époque, les optométristes revendiquaient les deux. C’est un progrès considérable sur le plan des principes », a-t-il déclaré. Mais pour les dirigeants du syndicat, envisager dès maintenant une reconnaissance de l’optométrie est bien trop prématuré. « Vous vous positionnez sur la prescription de lunettes mais nous, on ne vous positionne pas dans l’univers ophtalmo, contrairement aux orthoptistes. Vous êtes en dehors de l’univers médical », a déclaré Jean-Bernard Rottier, son vice-président, à l’attention de Yannick Dyant. Il cependant ouvert une brèche en ajoutant : « Faites-nous des propositions concrètes. L’ophtalmo et l’optométriste seront-ils tous deux en première ligne ? Comment seront-ils financés, par les patients, les Ocam ? Il faut préciser les choses. La pression de la demande sera telle que le cadre légal va exploser. On va être obligé de faire face à de tels besoins qu’il va falloir s’organiser en étant le plus ‘safe’ possible pour les patients. »

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