2 / 07 / 2022

A l’occasion du salon e-marketing qui s’est récemment tenu à Paris, Paul Morlet, fondateur de Lunettes pour Tous, a expliqué son concept ultra low-cost et dressé son bilan deux ans après son lancement. Relayées par La Revue du Digital*, les déclarations du jeune entrepreneur (qui n’est pas à quelques approximations près) laissent entendre que Lunettes pour Tous et ses lunettes à partir de 10 euros sont en train de fracasser le marché. A L’OL [MAG], on est sceptique…

 

« Nous avons déjà 2% du marché en un an sur un marché français qui fait 6 milliards, en termes de volume », annonce Paul Morlet. Ne serait-ce pas plutôt en valeur ? Passons sur cette première erreur et calculons le chiffre d’affaires que Lunettes pour Tous réaliserait selon les propos de son fondateur : il se monterait à… 120 millions d’euros ! Un chiffre plus qu’improbable quand on sait que la jeune enseigne ne possède à ce jour que quatre points de vente : un magasin à Paris, un autre à Lyon et deux corners dans des centres commerciaux à Marseille et à Nîmes. Et ce, même avec les 250 paires de lunettes par jour qu’il revendique. Paul Morlet casse comme à son habitude les opticiens traditionnels, qu’ils accusent d’être subventionnés par les complémentaires santé. « Cet effet sponsor va se finir. Parce que les mutuelles vont être encadrées, et les remboursements limités », explique-t-il. Sauf que ça, c’est déjà fait, la réforme des contrats responsables étant entrée en vigueur il y a un an.

 

“Cela court-circuite l’ophtalmologiste”

Paul Morlet met également en avant la rapidité de son modèle, qui promet de délivrer les lunettes en 10 minutes, taclant au passage les magasins classiques. « On va chez l’opticien une première fois, cela dure 1 heure à 2 heures (peut-être parce qu’il fait consciencieusement son travail, ndlr). On choisit la monture parmi 1 000 modèles, parce que quand on va choisir une monture que l’on va garder deux ans sur la tête, on va pas s’amuser à choisir la première venue. Et finalement, il faut revenir une semaine après pour les chercher. Nous, on fait tout en une fois », explique-t-il. Oui, même l’examen de vue, grâce à un optométriste qui, dans le point de vente, « réalise un test de vue sans rendez-vous, en 5 minutes gratuitement. Cela court-circuite l’ophtalmologiste, on choisit la monture tout de suite. Et on fabrique les lunettes tout de suite. » Questionné sur le passage obligé par l’ophtalmologiste, Paul Morlet reconnaît qu’il « faut une ordonnance pour avoir des lunettes. Il faut que l’ordonnance ait moins de 3 ans (faux : la durée de validité de l’ordonnance ne fait pour l’instant l’objet d’aucun texte), mais elle peut être faite par un ophtalmo, un généraliste ou même un dentiste. » Et la santé visuelle dans tout ça ? Cette notion n’a pas été abordée…

 

*Les opticiens sur la pente glissante de l’uberisation, mais le digital n’a rien à y voir (publié le 19 avril 2016 par La Revue du Digital)