2 / 07 / 2022

L’annonce du mariage des deux leaders du secteur a fait l’effet d’une bombe. A l’occasion d’une conférence de presse, Hubert Sagnières, PDG d’Essilor, et Leonardo Del Vecchio, président de Luxottica, sont revenus hier 16 janvier sur les enjeux du rapprochement Essilor – Luxottica, aussi largement commenté dans la presse. 

 

Applaudi par les investisseurs (les titres des deux sociétés se sont envolés lundi 16 janvier), le projet de fusion donnera naissance à un mastodonte fort de 15 milliards d’euros de CA, de 140 000 salariés, et qui pèsera près de 50 milliards d’euros en bourse. Présentée comme une alliance naturelle, la future entité sera une société de droit français cotée au marché parisien. Leonardo Del Vecchio sera son PDG mais Hubert Sagnières aura « les mêmes pouvoirs ». L’opération devrait selon les deux dirigeants générer entre 400 et 600 millions d’euros d’économies, mais celles-ci ne se feront pas au niveau de l’emploi, assurent les dirigeants. Quant aux débouchés concrets, il faudra attendre. En effet, il est prévu une phase transitoire de 4 ans, qui devrait s’accompagner d’une amélioration de la qualité des produits et des services promis par les protagonistes : cela pourrait notamment prendre la forme d’une réduction des délais de livraison (24 heures contre 8 jours), de la mise au point de lunettes connectées ou d’offres packagées.

 

Quel impact sur la distribution ?

Du coté des conséquences sur la distribution de la création de ce nouveau géant de l’optique, les avis sont partagés. Alain Afflelou se dit, par exemple, « dans l’expectative » : « Ils vont nous imposer des volumes, ça risque d’être difficile pour les opticiens indépendants. Nous allons essayer de développer encore notre marque distributeur qui représente déjà 25 % de nos ventes », a-t-il déclaré, interrogé par Libération. En revanche, dans Les Echos, Didier Papaz, président d’Optic 2000,  estime qu’il s’agit d’une « opération purement financière. Essilor et Luxottica constituent un holding qui n’interviendra pas, durant les quatre prochaines années au moins, dans la gestion de ses filiales. Un groupe comme le mien continuera à négocier en direct ses accords verriers avec la filiale d’Essilor et ses accords sur les montures avec la filiale de Luxottica ». Dans une tribune publiée par Les Echos, François Lévêque, professeur d’économie à l’Ecole des mines de Paris et spécialiste des questions de concurrence explique quant à lui que la fusion devrait donc se traduire par un profit plus grand mais aussi une baisse du prix final des équipements : « ce résultat contre-intuitif se comprend mieux si vous songez que les leaders successifs appliquent chacun une marge et qu’une fois fusionnés, une seule marge subsiste. La fusion met fin à un phénomène de double marginalisation », explique-t-il.