2 / 07 / 2022

Deux mois après la publication de l’avis de l’Autorité de la concurrence (ADLC) préconisant de séparer l’appareillage auditif initial du suivi et de supprimer le numerus clausus, le Syndicat national des audioprothésistes revient à la charge et dénonce « de multiples contradictions et omissions » ayant pour but de « justifier des mesures en réalité néfastes ».

 

« Plutôt que de constater la grande efficience du secteur de l’audioprothèse et ses résultats exceptionnels au vu du faible remboursement et que la principale mesure à préconiser, une augmentation du remboursement, relève des autorités de santé, l’ADLC a préféré, pour justifier l’existence de son enquête sectorielle, un ‘découplage’ qui n’existe nulle part en Europe et conduirait à une augmentation des prix et à une diminution de la qualité », accuse l’Unsaf. Le syndicat regrette notamment que, dans l’avis définitif, la question des réseaux de soins n’ait été évoquée que rapidement, sans analyse de leurs effets, « alors qu’ils ont initié une manipulation de l’opinion publique sur les ‘rentes’ et ‘marges’ des audioprothésistes ». Par ailleurs, suite à la recommandation de relever (voire de supprimer) le numerus clausus, l’Unsaf rétorque qu’il n’existe aucune difficulté d’accès aux audios en France, les effectifs augmentant au même rythme que le marché depuis 2000. « Croire qu’une offre surabondante aura un effet modérateur sur les prix relève du dogmatisme », déclare Luis Godinho en citant le contre-exemple de l’optique. L’Unsaf souligne aussi que le découplage souhaité par l’Autorité ne pourra avoir que nuire à l’observance, en insistant sur les vertus redistributives du système forfaitaire, les patients aux revenus modestes renouvelant leur équipement plus tard que les autres.

 

« Fort lobbying »

De fait, pour le syndicat, l’ADLC veut, par ses deux recommandations, favoriser les chaînes d’optique qui investissent le secteur avec une « stratégie low-cost liée à celle des réseaux de soins ». « Certaines chaînes commerciales d’optique exercent un fort lobbying pour le « découplage » car, ayant pour modèle des durées de renouvellement de lunettes de 2 ans, les durées moyennes de près de 6 ans en audioprothèse gênent leurs velléités purement commerciales », dénonce le président du syndicat. Il explique que « toute évolution vers une facturation à l’acte ou par année de suivi, permettrait des approches commerciales aboutissant à un renouvellement plus rapide du matériel » et que « quelques acteurs proposent déjà illégalement des offres pour 2 ans seulement », lesquelles augmentent les coûts pour les patients, l’Assurance maladie et les complémentaires santé. Alors que, pour justifier sa recommandation de relever le numerus clausus, l’Autorité explique que « les enseignes d’optique ont fait état de difficultés dans le recrutement d’audioprothésistes », l’Unsaf réplique que « les numerus clausus sont fixés en fonction des besoins de la population et non pour le maillage d’acteurs économiques ». Pour Luis Godinho, l’arrivée des enseignes d’optique sur l’audio a notamment pour conséquences « un rapport qualité-prix préjudiciable pour le patient et déloyal pour la concurrence », « une communication massive et coûteuse qui viendra à terme enchérir les prix comme en optique » et une « publicité trompeuse fondée uniquement sur un prix prétendument bas des appareillages ».

 

L’ADLC « à rebours de la volonté des Français »

En critiquant la « mutualisation » des coûts et en poussant à « une individualisation des prix en fonction de la demande de suivi », l’Autorité va, selon l’Unsaf, à l’encontre des fondements de notre système de santé auquel les Français sont très attachés. « Alors que la santé et la prise en charge de l’audioprothèse font partie des débats de la présidentielle, faire croire que la seule action du ‘marché’ peut réduire le reste à charge est inacceptable et biaise le débat public », déclare l’organisation professionnelle, qui s’apprête à porter ses arguments auprès des autres professions de santé, des parlementaires et des candidats. Le syndicat demande par ailleurs la publication par l’ADLC de ses conclusions sur un éventuel encadrement des tarifs contre un remboursement amélioré et les réseaux de soins (deux problématiques soulevées dans le bilan d’étape mais non traitées dans l’avis définitif), des études indépendantes du secteur (par l’Igas et l’ONDPS) ainsi qu’une évolution concrète des textes « afin d’obtenir que la santé et les produits de santé ne puissent plus être traités comme des biens de consommation ».