24 / 07 / 2019

Une vaste étude commandée par le Rassemblement des opticiens de France (Rof) à l’institut Xerfi évalue précisément les impacts de la mise en place de l’offre 100 % santé dans notre secteur.

Cette enquête, qui intègre tous les paramètres de mise en œuvre de la réforme, repose sur un échantillon de 55 000 factures anonymisées couvrant tout le marché (enseignes, indépendants et mutualistes). Elle fait ressortir trois points essentiels :

  • Un effet positif sur la santé visuelle des Français : les porteurs bénéficieront d’une hausse de la prise en charge, notamment les porteurs de verres unifocaux puisque, pour 2/3 d’entre eux, le 100 % santé va représenter une montée en gamme. Le renoncement aux soins pour raisons financières devrait reculer : selon Xerfi, un peu plus d’1 million de personnes, en 2020 et 2021, vont s’équiper en lunettes pour la première fois grâce au RAC 0. Ainsi, le panier 100 % santé représenterait 15 % du marché global de l’optique, ce qui se traduirait par une contraction du marché de l’ordre de 2,1 % en valeur, tenant compte de la baisse des prix des équipements, mais une augmentation de l’ordre de 4 % en volume, tenant compte de la hausse du nombre de Français accédant aux soins optiques.
  • Un impact important sur l’activité des opticiens : les opticiens devront compenser la baisse du plafond de remboursement des montures, ce qui conduira à une baisse de 10 à 12 % de leur prix, en plus d’une hausse potentielle du reste à charge pour les porteurs sur le marché libre (85 % du marché global). La hausse des volumes associée à une baisse des prix entraînera une baisse de la rentabilité des entreprises d’optique. La marge nette du secteur, aujourd’hui de 5,4 %, diminuera de 1,7 point pour s’établir à 3,7 % du chiffre d’affaires, « pénalisant les capacités de développement et d’adaptation des entreprises dans un secteur qui subit pourtant de nombreux bouleversements », commente Xerfi. L’étude estime à 11 % la part des sociétés d’optique qui seront ainsi fragilisées, y compris celles implantées dans les déserts médicaux, compliquant encore davantage l’accès aux soins dans ces zones.
  • Un impact financier excédentaire pour le régime complémentaire : le surcoût des offres 100 % santé se limitera à 12,2 millions d’euros pour les Ocam par rapport aux remboursements actuels. La baisse du plafond de remboursement des montures dans les contrats responsables représente une économie potentielle de 289 millions d’euros pour les complémentaires. La baisse globale de remboursement par les Ocam des équipements optiques sera potentiellement de 350 millions d’euros, ce qui est supérieur à leur effort global de 250 millions d’euros sur les trois secteurs (optique, audio, dentaire) selon le ministère de la Santé.

Fort de ces enseignements, le Rof estime nécessaire de compléter cette réforme par différentes mesures pour améliorer l’accès aux soins de tous les Français. « Trois conditions sont aujourd’hui indispensables à la réussite de cette réforme : l’accès pour l’assuré à une information claire et transparente de son montant de remboursement complémentaire lors de son acquisition d’une lunette, afin qu’il puisse choisir librement l’offre 100 % santé ou l’offre libre ; la garantie du tiers payant généralisé sur le panier 100 % santé pour que le porteur ne soit pas obligé d’avancer les frais, donc potentiellement obligé à renoncer à une bonne santé visuelle ; la suppression du remboursement différencié dans les réseaux de soins, afin que les 85 % de porteurs hors 100 % santé puissent choisir librement leur professionnel de santé », explique le syndicat.

Les résultats détaillés de l’étude, notamment l’impact du RAC 0 sur l’EBE et le résultat net des magasins d’optique, sont à découvrir dans le numéro 727 à paraître de L’OL [MAG].