23 / 07 / 2019

Delfin, la holding du PDG de Luxottica, vient de saisir la Chambre de commerce internationale (CCI) pour faire constater « les violations de l’accord de rapprochement de 2017, qu’elle considère avoir été commises par Hubert Sagnières (PDG d’Essilor et vice-PDG délégué d’EssilorLuxottica) et la société Essilorluxottica sous son impulsion. »

Le 20 mars, dans une interview publiée par le Figaro, Leonardo Del Vecchio, patron et premier actionnaire d’EssilorLuxottica, attaquait avec virulence Hubert Sagnières, le président d’Essilor avec qui il codirige le groupe. Le fondateur de Luxottica y faisait part de leurs divergences de vue, lui reprochant notamment de se comporter comme si Essilor avait racheté Luxottica. Un communiqué de la holding Defin accusait quant à lui le verrier de « violation claire » de l’accord de fusion et des règles de gouvernance, qui prévoyait que les deux associés aient un poids égal. Hubert Sagnières a riposté aussitôt : dès le lendemain, il déclarait que Delfin et ses représentants avaient diffusé « des accusations graves et mensongères ». « Le 5 novembre 2018, avant même l’Assemblée générale de fusion, M. Leonardo Del Vecchio a annoncé vouloir confier unilatéralement son rôle de CEO d’EssilorLuxottica à M. Francesco Milleri. Il a indiqué depuis vouloir modifier l’équilibre des pouvoirs établi dans les accords. En dépit de ses dénégations, un certain nombre de ses actions traduisent de facto une tentative de prise de contrôle du nouveau groupe, sans prime pour les actionnaires », explique son communiqué.

Dans une lettre transmise le 27 mars aux cadres d’Essilor, Hubert Sagnières dément encore une fois les propos du patron de Luxottica et réaffirme qu’il « est devenu clair que M. Del Vecchio veut prendre le contrôle d’EssilorLuxottica sans payer de prime aux actionnaires. Il souhaite également nommer M. Francesco Milleri au poste de directeur général d’EssilorLuxottica, comme il l’a déclaré à plusieurs reprises. Dans ce poste, M. Milleri aurait le pouvoir d’imposer son style de management et ses vues personnelles et, à ce titre, il enfreindrait l’accord que nous avons collectivement approuvé et adopté ».  

La crise de gouvernance a franchi un nouveau pas ces dernières heures, avec la saisine de la CCI par Delfin. La holding annonce avoir déposé le 27 mars « une demande d’arbitrage auprès de la Chambre de commerce internationale, en vue de faire constater les violations de l’accord de rapprochement de 2017, qu’elle considère avoir été commises par Monsieur Hubert Sagnières et la société EssilorLuxottica sous son impulsion ». Elle souhaite « obtenir une injonction de se conformer au pacte jusqu’à son terme » en 2021 et réfute « toute tentative de prise de contrôle d’EssilorLuxottica, qu’elle soit ‘rampante’ ou ‘de fait’ ».