23 / 05 / 2019

Suite aux résultats de son dernier Baromètre de la santé visuelle réalisé par OpinionWay, l’Asnav (Association nationale pour l’amélioration de la vue) a mené une étude qualitative sous forme d’entretiens avec des consommateurs et des professionnels du secteur. Zoom sur ses principaux enseignements.

L’édition 2018 du Baromètre de la santé visuelle a une nouvelle fois mis en exergue l’importance des conduites à risques chez les Français : un tiers d’entre eux ne mettent pas leurs lunettes pour prendre un médicament ou bricoler, 20 % des conducteurs ne portent pas leurs lunettes au volant, 500 000 jeunes de 16 à 24 ans n’ont jamais vu un ophtalmologiste et 67 % des parents ne savent pas à quel âge doit avoir lieu le dépistage d’éventuels défauts visuels chez leur enfant. Face à ces constats, l’Asnav a mené une enquête qualitative pour comprendre les raisons de ces comportements. Celle-ci a donné lieu à des entretiens en face à face de 2 heures avec 10 personnes (responsables de famille et qui travaillent) et à des rencontres avec 6 experts de la filière (ophtalmologiste, opticien, orthoptiste, spécialiste du marketing et fabricants).

Cette étude montre qu’il y a trois typologies de consommateurs : ceux qui ne veulent pas savoir et ne font rien, ceux qui veulent en savoir plus mais ne font pas d’efforts et délèguent aux autres, et ceux qui sont mal informés. De manière générale, la santé visuelle est perçue comme un enjeu majeur au regard des modes de vie modernes, notamment pour les enfants qui sollicitent beaucoup leur vision. Ainsi, la nécessité de la prévention est bien comprise, sans que les porteurs sachent cependant comment s’y prendre : dans ce contexte, ils attendent d’être informés et alertés par les parties prenantes (Etat, entreprises, écoles, professionnels), en pointant du doigt un parcours de soins visuels long et complexe. Les consommateurs aimeraient par exemple mieux comprendre la relation entre les défauts visuels, l’ordonnance, les verres et les lunettes, et souhaitent davantage de continuité entre l’ophtalmologiste et l’opticien. Ils estiment en outre que le discours de l’opticien est trop centré sur les montures, que l’ophtalmologiste devrait parler des verres et souhaitent qu’on leur parle d’usage comme c’est le cas dans d’autres secteurs (transports, enseignes d’articles de sport, de prêt à porter, etc.). Enfin, ils aimeraient pouvoir identifier les bons professionnels comme ils peuvent le faire, par exemple, pour les hôtels ou les restaurants via des sites comme Tripadvisor ou Lafourchette.

« Face à ces fortes attentes, il faut pouvoir donner aux consommateurs une information fiable et contrôlée par une autorité indépendante », explique Jean-Félix Biosse Duplan, délégué général de l’Asnav, en insistant sur la nécessité d’expliquer, de démontrer et de s’inscrire dans un parcours continu. Pour atteindre cette objectif, différents leviers peuvent être actionnés en matière de santé visuelle et de suivi : le DMP optique, le rôle des pédiatres et des généralistes ou encore des programmes dédiés aux adolescents (via les réseaux sociaux) et aux enfants (via les ophtalmologistes et les opticiens). En matière de pédagogie, l’Asnav souhaite valoriser les impacts d’une bonne vue sur le développement personnel (notamment dans le milieu professionnel). Elle invite les opticiens à mettre en avant les tests de vue qu’ils peuvent réaliser, à éduquer leurs clients et à proposer des alternatives de verres « pas pour le prix mais pour comprendre. Il faut exprimer la valeur d’usage des verres (écrans, vie quotidienne, sport…). Le discours des professionnels porte sur les réseaux de soins, le Rac 0, les mutuelles… Mais quid de leurs clients ? », questionne Jean-Félix Biosse Duplan, en appelant les professionnels à dépister les gens qui ont du mal à pousser la porte d’un opticien pour un test de vue, « là où ils sont », c’est-à-dire dans les centres commerciaux, les cantines ou encore les clubs sportifs.