21 / 10 / 2019

Depuis 2007, les opticiens sont autorisés à renouveler et adapter les verres correcteurs à partir d’une ordonnance médicale initiale. Une nouvelle enquête du Snof (Syndicat national des ophtalmologistes de France) montre que, bien qu’informés de cette possibilité, la plupart des porteurs n’y ont pas recours.

 

Selon le sondage réalisé auprès de 2 761 patients du 24 mai au 2 juillet 2019 dans les cabinets d’ophtalmologie, 71 % déclarent savoir que les opticiens peuvent renouveler les lunettes, mais 89 % le font après passage chez l’ophtalmologiste. « Ces résultats confirment l’opinion des Français qui considèrent à 90 % que l’ophtalmologiste est le plus compétent pour dépister d’éventuels problèmes oculaires. Si des progrès peuvent encore être faits, le dispositif mis en place a cependant permis un accès facilité aux équipements optiques et aux soins », explique le Snof. « Avec une durée moyenne de renouvellement qui est passée de 4 ans en 2007 à 2,7 années en 2018, nous constatons en France une nette amélioration de l’accès à un équipement optique, lequel est devenu le plus important en volume d’Europe. Des mesures à venir comme le 100 % santé, associé à la poursuite du travail engagé par le Snof et les pouvoirs publics vont permettre de gagner encore en efficacité », déclare son président Thierry Bour.

 

Les opticiens ne doivent pas avoir « qu’une simple relation commerciale avec les patients »

Pour renouveler leurs lunettes, 76 % des patients déclarent préférer consulter leur ophtalmologiste, plutôt que de se rendre directement chez un opticien. Seulement 11 % se rendent directement chez ce dernier. Le syndicat se montre par ailleurs interpellé par la description que font ces porteurs de leur passage en magasin : selon son enquête, 75 % ont effectué un test de vue et seulement 50 % de ceux qui ont renouvelé leur équipement après adaptation pensent que l’opticien a reporté l’information sur l’ordonnance. Ces résultats font écho à une précédente étude du Snof, d’après laquelle les ophtalmologistes déclaraient recevoir moins de 10 messages par trimestre de la part des opticiens et estimaient que plus de 8 opticiens sur 10 ne transmettaient pas d’information au prescripteur lors d’une modification de verres correcteurs et ce, malgré leur obligation d’information et le risque d’amende. « Ces retours des patients, associés à ceux des ophtalmologistes, montrent que les opticiens ne considèrent pas suffisamment le renouvellement des lunettes comme un acte à risque médical. Forts de leur succès, les protocoles de délégation de tâches sont amenés à prendre de plus en plus d’ampleur, et il est impératif que les opticiens prennent toute leur place au sein de ce parcours médicalisé. Cela implique qu’ils n’aient pas une simple relation commerciale avec les patients afin de gagner en crédibilité auprès d’eux. Le 100 % santé pourrait être l’occasion d’améliorer la confiance des patients et des ophtalmologistes à leur égard en rendant effective la transmission des données des adaptations par les opticiens vers les ophtalmologistes et en renforçant l’information vers les patients sur les possibilités existantes et les obligations rattachées », souligne Thierry Bour.

 

Amélioration en perspective

Grâce aux récentes réformes, le système français permet la délivrance de 14 millions d’équipements optiques par an contre 8,6 millions il y a 10 ans. Selon le Snof, ces progrès devraient se poursuivre grâce à plusieurs éléments : les derniers décrets (fin 2016) sont récents et n’ont pas encore donné leur pleine mesure ; l’offre de soins dans les cabinets d’ophtalmologie est en croissance constante, notamment avec l’augmentation du nombre des orthoptistes, l’arrivée des assistants médicaux et, bientôt, la mise en œuvre de nouveaux protocoles de délégation ; les orthoptistes vont aussi avoir le droit d’adapter les corrections optiques dans les mêmes conditions que les opticiens ; la création d’une cotation de la réfraction chez l’opticien à partir de 2020 dans le cadre de la réforme 100 % santé devrait augmenter les adaptations de correction optique dans les magasins d’optique. Pour le président du Snof, « le plan d’amélioration de la filière visuelle, dont l’un des piliers est la délégation de tâches, fonctionne. Nous devons poursuivre dans cette voie. Il s’agit donc maintenant de consolider notre organisation avec l’ensemble des partenaires de la filière visuelle. La mission IGAS en cours sera notamment déterminante pour revoir la formation des opticiens et les aider à prendre leur place dans la filière visuelle tout en préservant un parcours médicalisé efficace ».