4 / 08 / 2020

Selon une enquête réalisée par le Snof (Syndicat national des ophtalmologistes de France), 60 % des cabinets sont toujours ouverts pour recevoir les cas qui le nécessitent, mais les patients se font rares, ce qui représente une situation potentiellement dangereuse pour leur santé visuelle.

 

Le sondage réalisé auprès de 1 500 praticiens montre que si tous les ophtalmologistes libéraux (99,9%) ont subi le contrecoup du confinement, 6 cabinets sur 10 reçoivent toujours des patients. Depuis le confinement, 82 % des sondés constatent cependant une activité en baisse d’au moins 95 % par rapport à leur activité habituelle. Seulement 6 % ont une activité supérieure à 15 % de celle de la période de pré-confinement.

 

Cette chute du nombre de consultations résulte de plusieurs facteurs. Le premier cité (par 91,7 %) est le déclenchement de la phase 3, avec les consignes de sortir le moins possible, de limiter les déplacements au maximum et de reporter à plus tard tout ce qui n’est pas indispensable. Suivent les consignes de bonnes pratiques professionnelles (77,5 %), les consignes données aux personnes à risque de ne pas se déplacer (65,6 %) et la peur des patients d’attraper le virus en venant en consultation (61,3 %). Dans une moindre mesure, les ophtalmologistes attribuent aussi cette baisse d’activité à la crainte des patients d’être verbalisé en cas de contrôle (13,5 %) ou encore à la réduction des moyens de transport (10 %). Cette situation impacte directement les horaires d’ouverture : l’amplitude horaire est inférieure à 10 heures par semaine pour 3 cabinets sur 4. Dans plus de la moitié des cas, le cabinet est ouvert en présence d’une secrétaire. Près de 46 % des ophtalmologistes déclarent consulter seul pendant cette période et 15,5 % font encore appel à une aide. Face à cette situation, plus de 9 prescripteurs sur 10 privilégient le recours au chômage partiel pour le personnel du cabinet, 37 % connaissent des cas d’arrêts maladie dans le cadre de la garde d’enfants et 18 % utilisent des congés payés anticipés. Plus rarement, certains optent aussi pour le télétravail pour continuer à assurer les tâches de secrétariat.

 

La plupart des rendez-vous annulés par les patients ou les médecins

99 % des collaborateurs des cabinets ouverts portent des masques et 22 % se sont équipés d’hygiaphone (ou équivalent). Ils utilisent aussi d’autres protections : gants, blouse-surblouse, charlotte-calot, solution hydroalcoolique, sur-lunettes, plaque de plexiglass. « L’absence de protection a tout de même causé des fermetures de certains cabinets », souligne le Snof. En effet, l’obtention de masques de protection a été une réelle difficulté pour les ophtalmologistes, qu’il s’agisse de masques chirurgicaux (56,5 %) ou des masques FFP2 (74 % n’ont pas pu en avoir et 19 % difficilement). 12 % des ophtalmologistes déclarent n’avoir pu recevoir de masques chirurgicaux, 25 % n’ont pas pu se procurer de soluté hydroalcoolique (SHA) et 57 % y ont eu accès difficilement. « Malgré ces difficultés, les mesures barrières entre chaque patient sont appliquées par la quasi-totalité (97 %) des cabinets : lavage de main, solution hydroalcooliques, port du masque, lingettes désinfectantes pour le matériel et les surfaces et distanciation sociale… Des précautions assurant la sécurité des patients et du personnel, et permettant la continuité des soins », indique le syndicat. Malgré toutes ces dispositions, les trois quarts des praticiens ont eu 95 % à 100 % de leurs rendez-vous annulés, par eux-mêmes ou par les patients. « Les actes de soins sont pourtant toujours assurés : 75 % des ophtalmologistes assurent physiquement la prise en charge des demandes urgentes et les deux tiers maintiennent des soins aux patients nécessitant un suivi ne pouvant être reporté, comme les suivis post-opératoires et les pathologies à risque évolutif rapide. Seulement 6 % déclarent assurer encore des suivis périodiques ou de nouvelles demandes non urgentes », explique le Snof.

 

La majorité des ophtalmologistes accueille les urgences

L’organisation conseille de reporter les demandes jugées sans risque de 3 mois environ. « Toutefois, des soins sont toujours nécessaires en urgence et certains suivis indispensables à maintenir », commente son président Thierry Bour. Ainsi, pour assurer ces soins essentiels, 80 % des ophtalmologistes maintiennent l’accueil des urgences. Plus de 70 % d’entre eux traitent ces patients dans leur cabinet, 13 % mutualisent les accueils entre plusieurs cabinets et 17 % les transfèrent à l’hôpital. En établissement de santé, les interventions urgentes en bloc opératoire ont pu être conservées, même si 80 % des ophtalmologistes ont dû arrêter toute activité chirurgicale. « Nous appelons les patients aux pathologies nécessitant un suivi rigoureux ou des soins en urgence de consulter sans délai en cabinet, où toutes les précautions sont prises pour assurer leur sécurité. Il en va de leur santé visuelle », conclut Thierry Bour.