22 / 10 / 2020

Pour faciliter le développement du travail aidé et raccourcir les délais de rendez-vous, les prescripteurs ne misent pas que sur les orthoptistes. Le Syndicat national des ophtalmologistes encourage désormais le recrutement d’AMO (assistants médicaux en ophtalmologie), une profession en cours de formalisation qui fait l’objet d’une intéressante aide à l’embauche, détaillée lors de la dernière Journée du Snof, le 12 septembre à Paris. Les infirmier.ère.s sont également convoitées. Des initiatives qui font grincer les dents des orthoptistes et, par ailleurs, ne sont pas soutenues par le récent rapport de l’Igas.  

 

La profession d’assistant médical a été officialisée en septembre 2019. Elle est accessible aux IDE (infirmier.è.res diplômée d’Etat), aux aide-soignant.e.s, aux auxiliaires de puériculture et aux détenteurs du CQP d’assistant médical. Ceux qui ne détiendraient pas ce CQP devront suivre dans les 3 ans suivant leur prise de fonctions, une formation d’adaptation à l’emploi dans le champ de l’organisation et de la gestion administrative d’un cabinet médical. Les missions de ces assistants sont multiples : suivi du parcours santé du patient, gestion opérationnelle du cabinet, information du patient, hygiène et qualité, réalisation de mesures automatisées sous la responsabilité du médecin ou encore soutien logistique à ce dernier. Les ophtalmologistes qui recrutent un AMO bénéficient d’une aide à l’embauche, sous réserve que la formation du collaborateur soit initiée au plus tard 2 ans après le début de collaboration. Ce soutien financier (pouvant aller jusqu’à 36 000€ la première année en zone sous-dense) est accordé pendant une période de 5 ans renouvelable sur toute la durée du contrat de travail. En contrepartie, le praticien s’engage à augmenter sa file active, c’est-à-dire le nombre total de patients pris en charge au cours de l’année.

 

Le SNAO craint des incitations à l’exercice illégal de l’orthoptie

Le Snof encourage le développement du travail aidé avec ces assistants médicaux, suscitant les inquiétudes des orthoptistes, jusqu’ici en première ligne dans ce schéma d’organisation des cabinets (35 % des ophtalmologistes travaillent aujourd’hui avec un.e orthoptiste salarié.e). Dans un communiqué, le SNAO (Syndicat national autonome des orthoptistes) rappelle que, selon les textes, « les missions que les médecins confient à l’assistant médical sont laissées à leur appréciation ‘en fonction de leurs besoins et de leurs modes d’organisation’ afin d’exécuter ‘les procédures sous le contrôle du praticien, utiliser les appareils et prendre les constantes’ ». Dans ce contexte, le syndicat « redoute que ne se multiplient les incitations à l’exercice illégal de l’orthoptie en demandant à ces nouveaux personnels de pratiquer des actes exclusivement de la compétence des orthoptistes et en les plaçant derrière tous les appareils automatisés qui figurent à leur décret de compétences ». Il prévient qu’il sera « vigilant afin de faire respecter les compétences légales des orthoptistes et portera, si nécessaire, devant la justice toutes les dérives qui ne manqueront pas de s’installer dans les cabinets ».

 

Les infirmières, un atout majeur selon les ophtalmologistes

Les assistants médicaux ne sont pas les seuls susceptibles de concurrencer les orthoptistes qui, selon le Snof, ne voient pas leur nombre augmenter suffisamment pour faire face à la demande. Les ophtalmologistes misent aussi sur le recrutement d’IDE, de plus en plus nombreux.ses à travailler dans leurs cabinets (12 % des ophtalmologistes y ont recours), notamment pour les épauler en réfraction. « Elles constituent un contingent très important puisqu’elles sont 148 fois plus nombreuses (722 572) que les orthoptistes. Elles ont la compétence de mesurer la vision prévoit la mesure des troubles de la sensorialité. Cette profession est donc un atout majeur de par son importance en nombre et sa capacité à se former en réfraction subjective adaptée (RSA) », a argumenté l’ophtalmologiste et formateur Philippe Morizet, lors de la Journée du Snof. Depuis 2019, les sociétés Nidek et EyesLabs proposent ainsi une formation des IDE débouchant sur un diplôme de compétence professionnelle dédié à la RSA. Une première promotion doit bientôt passer l’examen et une deuxième sera constituée fin octobre. « Les IDE pourront arriver en masse afin d’épauler les orthoptistes indispensables et donc les ophtalmologistes », a ajouté Philippe Morizet.

 

L’Igas souligne le risque de surqualifications et sous-qualifications

Notons que le rapport de l’Igas, qui pourrait préfigurer de la future organisation de la filière de santé visuelle en France, se montre sceptique vis-à-vis de ces nouveaux modèles d’organisation des cabinets. « La perspective du développement des assistants médicaux en ophtalmologie (AMO), très soutenue par le SNOF, doit s’entourer de précautions dans sa mise en œuvre et dans le type de professionnels concernés par ce nouveau dispositif. La réalisation de mesures automatisées par des AMO sous la responsabilité des praticiens ne doit pas conduire à une surqualification de certains professionnels, en confiant par exemple à des secrétaires médicales la manipulation d’équipements relevant d’opticiens ou d’orthoptistes, ni à une sous-qualification d’autres : l’organisation d’une telle filière qui va attirer des professionnels qualifiés comme les infirmiers sur un nouvel exercice en travail aidé au sein de cabinets libéraux doit également alerter dans un contexte de l’emploi très tendu pour le recrutement des infirmiers notamment pour l’exercice hospitalier », explique l’institution, qui lui préférerait une montée en compétences des opticiens et des orthoptistes pour diminuer efficacement les délais de rendez-vous.