4 / 03 / 2021

Xerfi publie une étude intitulée « Les nouvelles priorités stratégiques sur le marché de l’assurance santé – Scénario prospectif sur la reconfiguration du jeu concurrentiel et perspectives du marché à l’horizon 2023 ». Celle-ci fait état des différents facteurs qui composent un « cocktail potentiellement explosif sur le marché de l‘assurance santé » et favorisent les tensions tarifaires. 

 

L’enquête prospective de Xerfi liste les éléments qui bousculent les complémentaires santé. En premier lieu la crise sanitaire : « l’explosion du chômage aura ainsi un coût conséquent pour les organismes tenus de couvrir gratuitement pendant un an les personnes licenciées. Sans oublier la multiplication des impayés et des défaillances d’entreprises. » Si le recul des soins non liés au Covid-19 et l’amélioration de la prise en charge d’actes par l’Assurance maladie ont épargné certaines dépenses aux Ocam (les prestations versées en santé reculeraient de 7 % à 25,7 milliards d’euros en 2020, selon les calculs de Xerfi Precepta), ces derniers devront s’acquitter de la « taxe Covid » évaluée à 1,5 milliard d’euros pour 2020 et 2021. L’étude estime ainsi que les hausses tarifaires atteindront entre 3 et 5 % en 2021 dans le collectif. « Dans un environnement encore incertain et des résultats financiers toujours plombés par la faiblesse des taux d’intérêt, la prudence et l’équilibre des résultats techniques seront donc au programme », prévient Xerfi.

 

Selon le cabinet d’études, la crise accentue les lignes de fracture entre les familles d’Ocam. « Centrées sur le marché du collectif, les institutions de prévoyance devraient enregistrer un net recul de leur activité si les périodes de chômage devaient se prolonger durablement dans le privé. Si la montée du chômage épargne les mutuelles, plus largement positionnées sur la santé individuelle, elles devraient rester prudentes en attendant de connaître l’impact du 100 % santé. Leurs coûts pourraient toutefois exploser sur les contrats seniors (en lien avec l’audioprothèse intégralement remboursée à partir de 2021) et les contrats d’entrée de gamme », pronostiquent les experts. A cela s’ajoutent les obligations renforcées de transparence sur les frais de gestion : cette mesure pénalisera tout particulièrement les sociétés d’assurance, qui ont des frais de distribution et de communication plus importants que les institutions de prévoyance et les mutuelles. « Pour autant, la concurrence par les prix et par la baisse des coûts n’apparaît comme une solution satisfaisante pour aucune famille d’opérateur. Pour s’extraire des pressions déflationnistes et se différencier, miser sur le service, la relation et l’accès aux soins dans toutes les dimensions (financière, géographique, numérique) semble bien plus pertinent », analyse Xerfi, en soulignant la récente apparition de garanties associées à des risques de maladies spécifiques.

 

Le contexte a cependant une influence positive sur le développement du numérique dans la santé, ce qui constitue une aubaine pour les complémentaires santé. La mise en place du 100 % santé a accéléré le mouvement en obligeant les opérateurs et leurs plateformes à revoir leurs stratégies vis-à-vis des professionnels de santé. « Les rapports de forces ont été rééquilibrés. En septembre 2020, Santéclair et VYV ont presque simultanément lancé de nouveaux services de téléconsultation en centre auditif. La montée en puissance de la prévention santé au sein des entreprises va en outre servir d’appui à l’essor de services développés pour le compte de ces dernières. » Enfin, Xerfi souligne que l’environnement (crise sanitaire, autorisation de résiliation infra-annuelle…) est propice au développement des AssurTech en assurance santé, même si les barrières à l’entrée sont encore conséquentes. « Métier complexe, l’assurance santé est en effet perturbée par d’incessants changements réglementaires. L’échec du pionnier Alan en individuel en fournit l’illustration », conclut Xerfi.