8 / 08 / 2022

Le Snof (Syndicat national des ophtalmologistes de France) a présenté le 8 juillet les résultats de son enquête* sur la participation des professions non médicales au parcours de soins visuels. Celle-ci montre que les prescripteurs portent un regard de plus en plus négatif sur les opticiens, qu’ils estiment insuffisamment compétents pour adapter les corrections en toute sécurité pour les patients.

 

L’enquête confirme en premier lieu le manque de retour des opticiens vers l’ophtalmologiste, lors du renouvellement de verres correcteurs, alors même qu’il s’agit d’une obligation légale : sur un trimestre, 82 % des ophtalmologistes reçoivent moins de 11 messages d’un opticien les informant d’une adaptation de correction optique (un chiffre très proche de celui de 2019, qui était de 84 %). « Avec une hypothèse de 2 millions de lunettes renouvelées directement chez l’opticien et 50 % de renouvellements avec adaptation, une soixantaine de patients par ophtalmologiste libéral et par trimestre devrait faire l’objet d’un retour de l’opticien », précise Thierry Bour, président du Snof, en insistant sur l’importance de cette information : 3 ophtalmos sur 4 consignent en effet systématiquement le message de l’opticien dans le dossier médical du patient. Notons que, quand ce retour d’information à lieu, le courrier postal reste le mode de communication privilégié (il est utilisé à 47 %, vs 66 % en 2019), mais son utilisation diminue au profit de l’e-mail (39 % vs 26 % en 2019). Le Snof regrette que la messagerie sécurisée ne soit utilisée que très minoritairement (2 %) et propose d’utiliser la plateforme Mimosa Santé pour accélérer les échanges sécurisés entre opticiens et ophtalmologistes.

 

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Les prescripteurs de plus en plus critiques

Aujourd’hui, 60 % des prescripteurs (64 % des moins de 50 ans) estiment que les opticiens ne sont pas suffisamment formés pour effectuer des renouvellements avec adaptation éventuelle, contre 42 % en 2019. « La révision de la formation des opticiens semble encore plus nécessaire au vu de ce résultat », commente Thierry Bour. Par ailleurs, près de la moitié (45 %) des ophtalmologistes jugent que le renouvellement des lunettes chez l’opticien sur la base d’une ordonnance valide est une mauvaise mesure, alors qu’en 2019, 84 % étaient favorables à cette disposition. Les orthoptistes subissent eux aussi une crise de confiance de la part des prescripteurs : 64 % des médecins sondés jugent que le renouvellement avec adaptation des équipements par ces professionnels (possible depuis avril 2020) est une mauvaise réforme. Pour le Snof, « les ophtalmologistes ont manifestement du mal à comprendre l’intérêt et le positionnement de cette mesure alors qu’elle existe déjà chez l’opticien et que les orthoptistes ne peuvent pas délivrer de lunettes ». Plus de 6 ophtalmos sur 10 pensent que les orthoptistes sont insuffisamment formés pour cette pratique.

 

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Priorité à la réingénierie de la formation

Le syndicat a également sondé les patients : ce volet de l’enquête, que L’OL [MAG] détaillera dans une prochaine news, met aussi en exergue la perte de confiance des porteurs dans les opticiens et les orthoptistes. L’organisation pointe en outre du doigt « un contexte de pratiques illicites dans des centres de santé ophtalmiques souvent dirigés par des opticiens ou des membres du milieu de l’optique, des téléconsultations dans des centres commerciaux ou des magasins d’optique, des sites internet délivrant des ordonnances soit disant médicales sans examen, des magasins d’optique voulant utiliser le vocable de ‘cabinet médical’ sur leur site internet ». Dans ce contexte délétère pour les relations entre les « 3 O », le Snof souhaite prioritairement ouvrir deux chantiers : la définition des règles professionnelles pour les opticiens et les orthoptistes (et pour l’entourage technico-commercial) et la réingénierie de la formation de l’opticien (en renforçant l’enseignement de la réfraction et en introduisant la notion de parcours de soins optique).

 

*Enquête réalisée auprès de 525 ophtalmologistes, par questionnaire en ligne, du 25 mai au 14 juin 2022.