31 / 01 / 2023

Le Docteur Gilles Martin est ophtalmologiste à l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild à Paris. Il livre à L’OL [MAG] son avis d’expert sur la myopie et les récentes solutions de contrôle de cette amétropie – verres et lentilles – proposées par les industriels.

 

Dans votre consultation, constatez-vous une hausse du nombre d’enfants myopes ?

Nous avons l’impression qu’il y a davantage d’enfants myopes, plus jeunes. Le diagnostic est souvent plus précoce et se fait aujourd’hui plutôt vers 6 ans, au moment de l’entrée au CP, contre 10/12 ans il y a quelques années. Ce n’est pas une question de dépistage car, contrairement à d’autres amétropies, la myopie engendre des signes d’alerte évidents et les retards de diagnostic sont rares.  

 

Pouvez-vous nous rappeler les causes probables de cette hausse de la myopie ?

Il y a les facteurs génétiques : les parents myopes ont plus de risques d’avoir un enfant myope. Mais ce sont les facteurs environnementaux qui sont les plus responsables de l’augmentation de la myopie, notamment la baisse du temps passé à l’extérieur et la hausse du temps passé à des activités sollicitant la vision de près. Il n’y a aucune preuve en revanche que les écrans soient davantage pourvoyeurs de myopie que les livres. La différence est que l’écran est plus addictif qu’un livre et que l’enfant y reste plus longtemps.

 

Quel est votre point de vue sur les solutions de contrôle de la myopie proposées aujourd’hui par les fabricants de verres (MiyoSmart, Stellest…) et les laboratoires de contactologie (MiSight…) ?

C’est une bonne chose qu’elles existent et que les industriels s’intéressent à ce sujet. Ces solutions semblent séduisantes mais, pour l’instant, nous manquons d’essais cliniques européens pour évaluer leur efficacité sur les enfants occidentaux. Ces verres et lentilles font l’objet d’études avant tout asiatiques. Leurs résultats sont prometteurs et nous espérons la publication, dans les prochaines années, d’études françaises et comparatives entre les différentes méthodes. Nous avons davantage de données scientifiques sur l’atropine, qui fonctionne bien, mais avec le bémol de son effet rebond. Nous ne savons pas encore précisément quand mettre en place ce traitement et quand l’arrêter. Quant à l’orthokératologie, elle a montré sa belle efficacité mais ces lentilles doivent être prescrites par un ophtalmologiste formé à la contactologie pédiatrique. Comme toutes les lentilles, cette solution nécessite en outre une grande rigueur dans la manipulation et l’entretien.

 

A partir de quand faut-il utiliser ces équipements ?

Nous ignorons encore à quel âge il faut commencer. Certains spécialistes disent qu’il faut une preuve d’évolutivité de la myopie, mais le risque est de perdre du temps. Aujourd’hui, on estime qu’il est possible de les utiliser dès que l’amétropie est constatée. Je suis d’avis de pas attendre trop longtemps, du moins d’en parler très tôt aux parents, afin de prendre une décision dès qu’on observe une évolution rapide de la myopie.

 

Quels sont les freins actuels au développement des verres ou lentilles contrôlant la myopie ?

Leur coût financier est un vrai problème, surtout pour les familles comptant plusieurs enfants myopes. D’autant plus que les enfants cassent fréquemment leurs lunettes. L’orthokératologie coûte encore plus cher et les lentilles rigides ont aussi un prix élevé. Le moins cher reste l’atropine, mais les gouttes ne sont pas disponibles dans les pharmacies classiques et il faut se déplacer parfois loin pour s’en faire délivrer.

 

Qu’attendez-vous d’un opticien qui équipe un enfant myope évolutif ?

Il faut une collaboration importante entre l’opticien et l’ophtalmologiste. Les deux doivent avoir le même discours, donner les mêmes recommandations aux familles et remplir régulièrement le carnet de suivi. L’opticien doit aussi être bien formé à la prise en charge des enfants, pour choisir une monture adaptée, procéder au centrage et aux réglages qui doivent être très précis.

 

Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le Supplément Kids & Teens de L’OL [MAG]